- Sto mi e milo
- Shkoj e vij flutrim si zogu
- Dajbogec
- Kad si bila mala mare
- Hoda, hoda, preko polja
- Nasha vera
- Suza Kosova
- Mujo kuje
- La komida la manyana
- Chiribim, chiribom
- Ederlezi
- Jovano jovanke
- Alexandris
- Kato sti Rodo
- Entarisi ala benziyor
- Doina
- La casa de peste drum
- Kalimankou denko
- Kaval sviri
- Svatba

Ce programme, monté entre octobre 2023 et juin 2024, a fait l’objet de treize représentations dans toute la France, ainsi que d’une tournée estivale en 2024.
Ténor 1 :
Louis Augustin | Pierre Barthomeuf | Roman Castaingts | Ronan Fabre | Raphaël Gutknecht | Benoît Hébert | Ludovic von Raesfeldt | Thibaut Martin | Camille Villemin
Ténor 2 :
Maxime Chevalier | Adrien Duchon | Baptiste Galabrou | Camille Laniece | Arthur Navecth | Tariq Nmila | Alexander Rupp | Arthur Pascault
Baryton :
Thomas Beurton | Felix Cassiani-Ingoni | Victor Kwihangana | Theo Lecomte | Andrea Mazzella | Emmanuel Mourier | Paul Pérot | Théo Nastromm Seguin
Basse :
Mihkel Aavik | Étienne d’Anglejean | Florian Béchet | Philippe Bourdier | Edouard Bouchayer | Vagator Camus
Arthur Georget | Grégory Gouband | Odo Paganelli | Raphael Magrou
Direction : Loïk Blanvillain
Prise de son et mixage : Tariq Nmila
Graphisme : Céline Tcherkassky | Loïk Blanvillain










Épilogue
Avant de terminer à ce concert, je voudrais vous parler d’Orphée, le poète à la voix enchanteresse et humaine, connu pour être descendu aux Enfers rechercher son Eurydice. Orphée est né dans les Balkans, en Thrace, de la muse Calliope, qui veut dire « belle voix » et du berger Oeagre, Oeagros. Il est logique qu’un poète comme Orphée soit le fils d’un berger, cet être nomade, sans attache et sans frontière, vivant à la marge. D’Apollon, le dieu solaire, Orphée reçoit une lyre.
Le nom « Orphée » renvoie au mot grec « orphné », les ténèbres. Ceci peut paraître étrange pour un personnage si lumineux. Et pourtant, tout est cohérent dans le cas d’un poète fils de muse. On dit bien des muses qu’elles sont vêtues de nuit, car elles arrivent quand personne ne peut les voir. Or, un poète doit voir l’invisible, c’est la raison pour laquelle souvent les grands poètes sont aveugles, comme l’était Homère, l’auteur de l’Iliade et de l’Odyssée. Mais ce n’est pas le cas d’Orphée, le poète voyageur : il voit et il veut voir. Les ténèbres, Orphée va les chercher par deux fois, à chaque fois en traversant des frontières réputées infranchissables.
La première fois, s’aidant de sa lyre, il charme les chênes du mont Pilion, en Thessalie, qui descendent d’eux-mêmes la montagne pour aller se faire couper afin de construire un bateau : l’Argos. C’est à l’aide de ce bateau, dans lequel Orphée prend place, lui, le héros des Balkans, que Jason ira jusqu’au levant, rapportant la toison d’or et la conscience du rapport de la Grèce à l’Orient, par la personne de Médée, la magicienne, dont Euripide racontera la tragédie. La seconde fois, il franchit la frontière entre le monde des vivants et le monde des
morts pour aller chercher Eurydice dans l’Hadès profond, charmant de ses chants les maîtres des lieux. Mais, parce qu’il peut voir, parce qu’il a vu ce qu’aucun humain ne devait voir, il provoque la perte irrémédiable de celle qu’il était venu chercher. Inconsolable, chantant sa peine au bord d’un fleuve, il est mis en morceaux par des folles, des ménades. Elles jettent sa tête, qui continue de chanter, dans le courant. Ce fleuve, c’est l’Hèbre, qui sépare aujourd’hui la Bulgarie de la Turquie Occidentale, et que l’on nomme Maritsa ou Meriç en fonction de la rive sur laquelle on se trouve. On dit que sa tête, portée par les flots, rejoint l’île de Lesbos et sa poétesse Sapho.
Orphée n’est pas un poète normal dans le sens de la poésie grecque classique. Homère ou Hésiode chantent le travail des champs ou la vigueur des rameurs, mais toujours le soir venu, et pour leur rendre hommage. Orphée, lui, ne chante pas les exploits d’un autre. Il participe aux expéditions par son art, il se sert de sa poésie comme outil, comme force de faire, comme moyen d’action. Essayer de comprendre quelque chose d’Orphée, cet être singulier à la voix merveilleuse qui peut dire aussi bien la vie que la mort, qui peut franchir toutes les limites habituelles et notamment celle qui sépare le monde des vivants du séjour des disparus, c’est peut-être essayer de comprendre ce que sa voix a d’unique. Cette voix d’Orphée fascine. Elle semble dire aux humains qu’au-delà de toutes les différences, des déchirures qui font la vie normale, des frontières qui séparent, des guerres qui divisent, des contrastes ou des oppositions, il y a, imperturbable, le flot d’une voix humaine qui continue à chanter, triste ou enjouée, mais toujours là, inépuisable.
Loïk Blanvillain

